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Jour 52 du Grand Confinement

vendredi 8 mai 2020, par Frédérique

Aujourd’hui, une photo de Gilbert Garcin, photographe décédé le 17 avril dernier.
Vous pouvez découvrir son travail ici :

http://www.gilbert-garcin.com/

Le petit crabe se cache,
essaie de dissimuler dans l’ombre grise du rocher
son armure trop tendre.
La mer descendante l’a abandonné là,
nourrice indifférente,
dans un trou d’eau sans profondeur et tout petit.
L’homme au-dessus de lui le regarde.
Il est plus compatissant.
Il sait la faiblesse
et ce que c’est que se cacher.
Le petit crabe s’est mis sans le vouloir entre la mer et lui
et l’arrête un instant.
Il venait humer le vent salé
et chercher l’infini au-delà de la grève.
Et maintenant le petit crabe est là qui le fascine.
La mer en revenant emportera sa peur dans les vagues douces du crépuscule.
Et l’homme resté là
au frêle abri de sa longue carapace grise,
ne saura toujours pas se tourner vers la vie
ni où déposer le fardeau croissant de ses masques.
Antoinette

Vivre masqué.
Il a perdu la tête. On illusionne. Il illusionne. Voyage en pays désertique et rocailleux d’un homme sans tête et sans visage. En par-dessus écourté, hors du temps, en noir et blanc. Il marche de dos dans la rocaille. Il marche difficilement. Le sol ne se prête pas à la marche légère. Tout est dépeuplé. Des roches énormes font mâchoires de concasseur et avancent en pinces vers les pieds alourdis de lourdes semelles de crêpe. Bas les masques ! Et bas les masques sur le dos de l’étêté. Portés au bout de cordelettes comme autant de fardeaux. Souriant. Grimaçant. Triste. Rusé. Abattu. Inquiet. Revêche. Grognon. Un étêtement surréaliste fait par des cordelettes étouffeuses . Elles serrent . C’est un pendu qui s’est dépendu de sa pendaison burlesque. Une allégorie démultipliée en huit masques d’un même masque. Huit ne doit rien au hasard. Peut être. Les deux cercles du chiffre 8 se déforment en masques de papier.
Pantomimes consignées sur des masques.
Et survient la Commedia dell’ arte avec sa ruse et sa naïveté, la masque-carade de nos vies portée en lourde charge sur un dos voûté en marche désespérée. Divine comédie allégorique .
Vivre masqué pour cacher son âme se barricader, tricher, composer, se travestir, trahir et se trahir.

« Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques »
Verlaine.
Nous Vivrons masqué. Et sous les masques , tous les visages seront à découverts. Enfin !

JM

Cet homme cache-t-il son vrai visage , en a-t-il honte ou bien est-ce par timidité ? Tous ses masques ont l’air de lui peser. Est-il las de se cacher ?
Le visage peut être un masque par lui-même. Il peut montrer par ses expressions des sentiments que nous n’éprouvons pas. Feindre la joie alors que nous sommes tristes, le plaisir quand nous n’en avons pas.
- Quel plaisir de vous voir ! (encore ce casse-pieds !)
Nous les trimbalons sans nous en préoccuper. Nous en changeons aussi rapidement que nous ressentons les émotions nous traverser : étonnement, peur, soulagement , sourire...
Nous portons combien de masques ? Le savons-nous exactement ? Quel est notre véritable visage. Celui que nous avons quand nous dormons ou celui qui sera le nôtre à notre mort ? Est-ce pour cela que nous avons des difficultés à reconnaître les personnes aimées quand leur visage est figé sur une photo ? Un visage inexpressif ne peut pas être analysé. Ces masques nous permettent-ils de communiquer même si ils sont trompeurs ?
Bientôt nous serons tous masqués, allons-nous nous reconnaître et pouvoir communiquer librement ?

Françoise G .

Il sort Monsieur Gilbert
les masques du temps en bandoulière
dans le périmètre autorisé.
Il m’a dit, tu viens Monique ?
Il a pris la poudre d’escampette, il m’a tourné le dos.
La tête dans les sillons du temps.
Son regard me suit encore longtemps.
Il y a de l’humour, il y a de la gravité.
Il dit, Je t’ai à l’oeil.
J’aime bien celle où il me fait des grimaces.
Je l’ai suivi sur la plage.
Pas se prendre les pieds dans les cailloux. La vie devant soi.
Il semblait hésiter sur l’expression du jour. En tout cas, loin de se figer,
il n’était pas assez grand pour faire Monsieur Tati, il a laissé tomber le bob blanc.
Il a du imaginer son propre personnage, un look façon pardessus,
tenue passe partout, hors du temps, monsieur tout le monde.
On l’appelle Gilbert. Monsieur Gilbert Garcin , et plus il vieillit plus il s’allège.
Même si, il courbe un peu l’échine.
Il s’amuse beaucoup, se moque de lui-même.
Plusieurs livres sur lui, la double vie de Mister G.
Ça fait chic. Gilbert Garcin. Double G. Grand Génial.
Dans la vraie vie, toute une vie, dans les lumières du sud, à la Ciotat.
Dans l’intimité, l’appelait-on Gégé ? Point G. Vous masquillez bien le doute.
En cette balade journalière, au pays de l’absurde
je suis heureuse de ce Focus sur vous. Un instant T. Lumineux.
Ravie d’avoir fait votre connaissance. Instantanément, vous m’êtes sympathique.

Stéphane.

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