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Jour 13 du Grand Confinement

lundi 30 mars 2020, par Frédérique

Cette semaine DECAMEREZ ! (Néologisme qui voudrait dire « Sortir de sa chambre en y restant confiné » (camera : chambre, en latin))

Aujourd’hui, VADUZ , poème de Bernard Heidsieck.

Vous pouvez entendre VADUZ dit par l’auteur ici :
https://www.youtube.com/watch?v=CUP...

Le principe : le centre est Vaduz, capitale du Lichstenstein, et Bernard Heidsick évoque de ce qu’il y a autour, ou plutôt il nomme les autres, ceux qui ne sont pas de VADUZ et qui peuplent le monde, il va vers eux en cercles de plus en plus large, et tous finalement, étant nommés, sont reconnus comme appartenant à la communauté des humains.

Pour vous : La chambre dans laquelle vous êtes confiné-e-s. On en sort petit à petit, on s’en éloigne petit à petit, en cercles concentriques, pour imaginer le monde autour, plus loin, au-delà… Au-delà de ma chambre il y a….

Au delà de ma chambre il y a le couloir qui mène au salon où dort mon chien dans son joli panier.
Au delà de ma chambre il y a dans le ciel des oiseaux qui chantent et qui volent gracieusement dans le ciel si bleu.
Au delà de ma chambre il y a des passants rare par les temps qui courent.
Au delà de ma chambre il y a des rues qui paraissent si vide.
Au delà de ma chambre il y a si on marche un peu l’amour qui m’attend.
Mon amour tu parais si loin même si tu es si près.
Au delà de ma chambre il y a ou on peut imaginer des fées dans un monde magique.
Elles existent peut-être d’ailleurs pas seulement dans les contes de fées.
Au delà de ma chambre il y a des êtres chers et amis qu’on ne voit plus mais qui sont là dans notre esprit et notre cœur.
Au delà de ma chambre il y a de la vie qui sont confinée eux aussi.
Au delà de ma chambre il y a des villes, des pays que j’aimerais visiter, découvrir, explorer.
Au delà de ma chambre il y a l’univers inconnu, extraordinaire, infini.
Nathalie

Au-delà de ma chambre il y a
le printemps sur le jardin
les narcisses trop hauts dans le vent refroidi
qui hissent ébouriffés leurs jaunes frêles
au-delà de ma chambre il y a
le lotissement en contrebas du jardin
la terrasse de l’assistante maternelle
muette des rires d’enfants ou des larmes
quand Bastien ne prête pas le tracteur
il y a au-delà encore
les Orières et les canards de la pièce d’eau
privés du pain qu’on vient jeter
au-delà de ma chambre il y a tout de même
dans le parc quelques passants frileux qui se hâtent
mains gantées
au-delà de ma chambre il y a
les garages aux voitures immobiles
RenaultVolkswagenFiat
il y a la boîte aux lettres du centre de tri
que l’angoisse remplit et l’amour
qu’on vide un jour sur trois
au-delà, au-delà il y a
la tour de la zup nord
contractée
hautement silencieuse
il y a la piste de skate
dans l’air l’empreinte des sauts et des hourras
au-delà de ma chambre au bout des routes qui montent
il y a le collège où l’on n’enseigne plus
où ne sont plus les regards amis les sourires qui font oublier
qu’on est bien petit pour ce qu’on a à vivre
Au-delà de ma chambre il y a la forêt
le chevreuil en arrêt
à l’affût des bruits disparus
le craquement des pas
le vrombissement continu derrière la ligne des sapins
les fauteurs d’inquiétude jour après jour évanouis
au-delà, au-delà bien sûr on sort de la forêt
à moins qu’on ne on s’arrête

dans le silence des arbres
la vibration de l’ombre
et le parfum violet des jacinthes sauvages
Antoinette

Au delà de ma chambre , il y a des murs.
Il y a aussi une porte au-delà de ma chambre.
Il y a de l’air au-delà de ma chambre.
Au delà de ma chambre, il y a eux, toi, moi.
Tous les jours, un grand arbre au-delà de ma chambre.
Tous les jours, le jour se lève au-delà de ma chambre.
Il y a aussi la route au-delà de ma chambre,
celle de tous les jours
et celle qui m’attire.
Au delà de ma chambre, il y a les gens, les champs, les cours d’eau.
Il y a le Couesnon de mon enfance
ultime frontière au bout du jardin, au-delà de ma chambre,
entre Normandie et Bretagne.
Au delà de ma chambre, il y a des régions, des pays, des espaces.
Il y a la rencontre de ceux que je ne connais pas, au-delà de ma chambre.
Il y a l’avenir au-delà de ma chambre.
Au delà de nos chambres, l’infini, l’éternité ?
Laurence.

Au delà de ma chambre il y a un escalier
comme la montée dans un phare,
trente cinq marches que l’on gravit
et trente cinq marches que l’on descend
autour de ma chambre,
quatre murs , deux fenêtres,
l’une tombant sur le jardin
l’autre sur la rue plongeant sur l’église
Au delà de ma chambre les cheminées tutoient le ciel
là où les oiseaux volent en pleine liberté, sans se frôler.
Au delà de ma chambre chaque pièce s’en détache
jusqu’à l’espace commun, du salon, de la cuisine, et des toilettes …
Au delà de ma chambre, tant de liberté où avance mes pas qui titubent
l’époque me paralyse
les tic et toc se dépaysent
au delà de ma chambre des rêves d’insouciance
au delà des promesses il y a toute la confiance
Au delà de ma chambre
il y a des jours qui chantent
et peu de voisins qui frappent dans leurs mains
Au delà des rues qui serpentent
il y a des fleurs qui marquent le printemps
et qui scandent les saisons
Il y a tout autour des parfums entêtants
des champs et des plages au bout de l’horizon
il y a tout autour des humains qui avancent masqués
des enfants et des grands qui se confinent
d’autres plus vieux qui lambinent
des peaux qui se lézardent
et des pas qui se hasardent avec dérogation
Il y a la peur tout au autour du virus
au delà de ma chambre, motus !
il y a tout un monde : les chinois, les italiens,
les espagnols et tous les autres
Il y a les européens qui se sont dits,
c’est tout proche, c’est à nos portes,
ils ont dit : s’en sortir sans sortir
Il y a cette mort qui plane
il y a les avions qui restent au sol
il y a la bourse qui chute
il y a les humains qui cancanent
au dela de ma chambre je m’envole
dans mes mots je m’enrubanne
Au dedans de ma chambre,
il est tard et au lit, je chois ou chus
il y a que du banal au final,
rien que de l’humain et du social.
c’est dimanche et c’est légal.

Stéphane

Au-delà de ma chambre il y a des murs et des fenêtres
des fleurs, des arbres, des oiseaux qui sautillent
il y a une vieille dame qui plante des salades
il y a des poules, des chiens et un gros matou gris
Au-delà de ma chambre il y a la ville qui gronde de tous ses bruits mais qui se tait aujourd’hui
il y a la rocade, les collines, les éoliennes qui clignotent
Au-delà de ma chambre il y a l’espace, les nuages aux mille visages,
il y a un avion qui passe comme une fourmi sur la peau du ciel
Au-delà de ma chambre, après le passage de la tempête,
il ne reste plus rien
le vent a tout balayé

Caroline

Au delà de ma chambre , il y a les murs d’une maison et une rue des Tilleuls où il n’en pousse pas
il y a dans la rue au-delà de ma chambre, autour de ma maison deux autres maisons
les volets sont baissés on sait très bien pourquoi
il y a tout autour tout autour des maisons un grand boulevard tout vide peur de la contagion
au delà de ma chambre autour de ma maison il y a ce soir un grand boulevard aux arbres et des oiseaux dedans qui chantent le printemps
il y a une ville qui s’appelle Fougères et un autre boulevard on dit toujours de Rennes, il y a autour tout autour du boulevard une maison de brique s rouges au numéro 26
il y a une ville avec une rivière qui Nançonne sa vie autour d’un château fort qui cache une fée qu’ on appelle Mélusine
au-delà de ma chambre il y a tout autour une ancienne carrière avec un trou plein d’eau tout le ciel est dans l’eau et se voit à l’envers

au delà de ma chambre il y a tout autour de l’ancienne carrière un champ tout vallonné et de pommiers plantés
il y a au-delà de ma chambre tout autour des pommiers et encore plus autour il y a
deux amoureux
ils avaient 17 ans
ils avaient dit amour
ils avaient dit toujours
c’était il y a longtemps
ils étaient trop sérieux
ils avaient 17 ans

au delà de ma chambre il y a tout autour et encore plus autour
un jardin pour public,
une église à concerts
une rue Nationale qui pointe son Beffroi
un Théâtre italien nommé Victor Hugo
il y a tout autour et encore plus autour une place arrondie avec sa boulangerie et son Café de Paris
son Monument-Menhir en granit et en bronze aux morts pour la Patrie

au delà de ma chambre, autour du menhir, il y a encore des marronniers fleuris et des marrons luisants qui roulent sous mes galoches
il y a la librairie Pujol et pas de pharmacie
au- delà de ma chambre il y a tout autour et encore plus autour pas de Boulevard Leclerc, une rue de l’Hospice un Café du Perron avec un haut perron et une place Carnot avec sa fête foraine et puis le vendredi ou bien le samedi son marché aux bestiaux et ses cornets de frites

il y a
au-delà de ma chambre
tout autour de ma chambre
et plus encore autour
tant de mes souvenirs
au-delà de ma chambre et plus encore autour

.JM

Au-delà de ma chambre il y a un appartement en désordre.
Au-delà de l’appartement il y a ceux de Nelly, Marianne et Jemma.
Au-delà de nos appartements il y a un petit parc,
Au-delà du parc, il y a la vallée du Couesnon.
Au-delà de la Vallée du Couesnon, il y a le cours du Couesnon
Il y a le cours du Couesnon vers la mer
Où il retrouve la Sée et la Sélune
Où il danse avec elles
Où ils se noient au pied du Mont
Où ils fusionnent avec l’Océan
Où ils se perdent et disparaissent
Au-delà de ma chambre il y a l’infini

Geneviève G

Au-delà de ma chambre il y a juste au dessus mon bureau, et dessous la cuisine, la salle à manger et la salle d’eau. Ma maison.
Au-delà de ma maison il y a mon petit jardin avec mes deux poules, les fleurs et la haie.
Au-delà de la haie il y a la rue, mon voisin José, le salon de coiffure, l’église, la mairie.
Au-delà de la mairie il y a le bourg, la bibliothèque, la salle des fêtes, le cimetière, l’étang, le terrain de foot.
Au-delà du terrain de foot il y a les prés avec les vaches blanches et noires, les champs, les fermes, Marie la conteuse, les maisons isolées.
Au-delà des maisons isolées il y a, les bois, les routes, les villages ; Louvigné du Désert, Pontmain, Landéan, la forêt.
Au-delà de la forêt il y a la ville : Fougères avec son beffroi et son château, le local de Page Blanche, les magasins, Lécousse, encore des champs et des prés, St Marc le Blanc, Vitré .
Au-delà de Vitré il y a le TGV qui file vers Rennes.
Au-delà de Rennes il y a Laval, Brest, Nantes, St Malo, la Bretagne.
Au-delà de toute la Bretagne, il y a le reste de la France,
Au-delà de la France, il y a la Manche, l’Atlantique et la Méditerranée qui font rêver les marins, les continents.
Au-delà des continents il y a la terre entière qui tourne avec la lune.
Au-delà de la lune il y a le soleil et les planètes.
Au-delà des planètes il y a la Voie lactée bras de notre galaxie.
Au-delà de notre galaxie il y a l’univers immense inconcevable.
Au-delà de l’univers il y a … je ne sais pas, c’est trop loin, impossible de voir, de savoir nous qui sommes si petits confinés dans notre chambre.

Françoise G.

Et pour finir , on peut écouter Françoise lire son texte, et c’est vraiment agréable !

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