Accueil > Les ateliers d’écriture > Le Grand Confinement > Jour 40 du Grand Confinement

Jour 40 du Grand Confinement

lundi 27 avril 2020, par Frédérique

Aujourd’hui, c’est Antoinette qui vous invite à écrire

Votre texte devra mettre en avant l’un des cinq sens : vous privilégierez donc à votre choix les images, les sons, les odeurs, les sensations tactiles ou gustatives (sans exclusive bien sûr, mais avec un choix qui doit se percevoir).

La première et la dernière phrases vous sont imposées, pour tout ou partie :
* La première phrase devra être, ou comporter les mots " Elle/elle ne l’avait pas vu depuis trois jours".
* La dernière, "Basile venait de servir le thé".

Vous intégrerez librement à votre texte l’une des quatre images jointes

Elle ne l’avait pas vu depuis trois jours .
Et rien ne laissait paraître qu’un jour il avait été.
Rien dans cette immensité balayée par le vent et les marées ne donnait à penser qu’il avait existé.
La nature a horreur du vide. Alors elle est pleine de tout.
Pleine de sable. Pleine de coquillages. D’eau. De sel. D’azur. Pleine du soleil qui se met au lit et qui montre encore pour quelques heures toutes ces traces, noires, profondes, légères, insouciantes, anarchiques. Les traces de tous. Des traces de rien. De petits riens.
Ça y est. Elle les voit. Oui. Elle les voit, au loin. Non, pas les vaguelettes sur une mer presque d’huile. Non, le petit frisotti qui quand on l’aperçoit nous fait border les voiles.
Eh oui, trois jours déjà.
Plus rien à l’horizon.
Mais, quelque part, elle en est sûr, un petit frisotti lui fait border les voiles et c’est très bien comme ça.
Il n’était plus là et à elle seule, Basile venait de servir le thé.

Françoise P.

Enfin , elle l’aperçut. Son coeur fit un bond dans sa poitrine. Elle ne l’avait pas vu depuis trois jours. Trois jours d’éternité et d’inquiétude.
La mer était basse. Il apparut sur le sable humide de la grande plage là où il aimait à marcher comme à son habitude.
Statufiée sur le haut de la dune, elle respira profondément soulagée, émue cet air qui montait du large et de la terre en tourbillonnant autour d’elle. Vagues de parfums terrestres, d’oyats et de chiendents sablonneux gorgés de soleil, entremêlées de sel piquant et amer, de calcaire râpeux des coquillages émiettés au gré des courants.
Elle n ’appela pas . Ne fit rien. Il marchait encore et encore.

C’était toujours à la fin d’un après-midi de septembre qu’ il disparaissait lorsque les bateaux étaient dévoilés, lorsque que les villas de la digue avaient fermé leurs volets blancs, lorsque que ceux qui n’étaient pas d’ici étaient repartis vers leurs métros bondés couverts de sueur aigres, transpirées dans leurs vêtements moites imprégnés de l’odeur d’une petite lessive matinale et qu’ils couraient éperdus vers une économie de marché qui finirait par les broyer .
La plage était à lui. Il partait. Il marchait sur son territoire retrouvé. Besoin de cette solitude sans paroles, de silence de plus en plus longs. Il était seul au milieu du monde et portait sa fragilité à son comble sous les rayons du soleil qui se couchait au travers des nuages sombres .
Elle ne dirait rien puisqu’il était retrouvé. Elle savait. Il semblait revenir de loin dans cet air qui surabonde là où il cherchait à s’atteindre, où sa frêle silhouette semblait s’enfoncer.
Elle ne dirait rien. Elle savait. Il reviendrait après une absence très longue. Elle le regarda encore. Il paraissait lumineux et s’abandonnait à sa marche cadencée.
Il était l’enfant qu’elle avait porté et dans sa brune chevelure , elle savait, s’accrocheraient les doux et âcres parfums des flots .

Lorsqu’elle rentra à la maison, Basile venait de servir le thé.

Jacqueline

Elle ne l’avait pas vu depuis trois jours . L’inquiétude de Manon était à son comble.Basile avait aménagé dans la petite maison de pêcheur voisine de la sienne il y a à peine deux ans. C’était en juin. Lorsqu’elle partait pour son travail le matin, il n’était pas encore levé et lorsqu’elle revenait en fin d’après-midi, il n’était jamais chez lui. Le week-end, il semblait également absent.
Un jour toutefois, c’était un lundi, alors qu’elle désherbait dans le jardin après sa journée à l’usine, il lui demanda si elle avait une boite d’allumettes. Il frappa à sa porte dès le lendemain soir pour lui en rapporter une autre et ce fut l’occasion de leur première rencontre. Il accepta d’entrer. Elle lui servit un vin de noix confectionné « maison » et tartina à la hâte une terrine de maquereau également de sa fabrication. Ils prirent l’apéritif et parlèrent de choses et d’autres. Elle apprit qu’il travaillait chez un horticulteur à une quinzaine de kilomètres. Il devait être à peu près du même âge qu’elle et se prénommait Basile. Pour la remercier de ce premier service entre voisins, il lui avait apporté un pot de confitures qui s’était révélé divinement bon et qu’il avait réalisé avec de la rhubarbe, des fraises et de la menthe. Elle en conclut que c’était homme de goût, de bon goût.
Par la suite, elle le soupçonna de lui demander de petits services pour avoir le plaisir de lui faire gouter une tartelette au citron acidulée à souhait ou un cake aux noisettes et épices dont la dégustation la faisait voyager au-delà des mers. Basile était charmant, Basile était gourmand, Basile était touchant. Basille repartait tous les week-ends retrouver son ami Étienne mais cela elle ne l’apprit que plus tard. Le mutisme de leurs premières rencontres avait disparu rapidement.
Depuis trois jours, elle était inquiète et elle décida d’agir. Elle frappa à sa porte, personne ! Elle prit le chemin de la plage et l’aperçut au loin. Que fallait-il faire ? Le laisser ruminer seul. C’était son droit. Il avait peut-être besoin de cela. Elle décida tout de même, après bien des hésitations, de le rejoindre. Il lui expliqua qu’il était désemparé car son ami insistait pour qu’ils vivent ensemble afin de monter un dossier en vue de l’adoption d’un enfant. Ils en avaient parlé bien sûr mais il ne se sentait pas prêt.
Nous avons marché des heures. De longs silences en monologues, il sembla trouver le calme et il l’invita à prendre un thé. Basile est un grand amateur de thé, ses préférences fluctuant en fonction des heures de la journée. Le matin, c’est un thé vert au jasmin, le midi, plutôt un thé noir au goût de miel, l’après-midi, c’était selon l’humeur du jour. Je rentrai brièvement chez moi pour me changer puis me dirigeai vers sa maison quand un homme que je pressentis être Étienne poussa le portillon juste derrière moi. Le carillon de l’entrée nous annonça.
Basile venait de servir le thé.
Geneviève G.

Elle ne l’avait pas vu depuis trois jours. Enfermée dans sa chambre, elle avait interdit à son compagnon de venir la rejoindre. Trouver un hôtel original, dans un endroit calme, hors saison, rester seule, s’accorder un temps rien que pour elle, profiter de l’endroit qu’elle s’était choisi ; elle en rêvait depuis longtemps. C’était enfin chose faite et ce n’était pas lui qui allait lui gâcher son plaisir !
Septembre un peu brumeux sentait déjà l’automne. Ciel bas et gris ? ce jour, odeur de l’eau, des feuilles mouillées.
La veille, elle était partie se promener au fil de la rivière qui commençait à grossir et à envahir ses berges. A l’approche d’un petit bois, une senteur de champignon et de mousse chatouilla ses narines. Elle en découvrit quelques uns et caressa la mousse délicate.
Sur le chemin du retour, la lumière rasante de ce soleil automnal lui réchauffa doucement le dos. Un frôlement d’air au dessus de sa tête la fit sursauter quand un des pigeons qui se rassemblaient sur le toit de l’hôtel, passa à tire d’aile rejoindre ses compagnons.
Aujourd’hui, emmitouflée dans son vieux gilet de laine, elle écrivait à la petite table devant la fenêtre ouverte. Elle donnait sur la rivière où elle pouvait voir les arches du pont de pierre.
Autrefois cette grande bâtisse avait été un moulin réputé dans la région.On devait ressentir dans toutes les pièces le mouvement de la roue qui brassait l’eau et de la meule qui tournait. Les murs semblaient en avoir gardé le souvenir. Elle avait la sensation que le sol frémissait encore sous ses pieds nus.
Seize heures sonnaient au clocher, c’était pour elle le moment parfait pour un thé. Elle appela la réception. Quelques instants plus tard Basile venait pour lui servir un thé au jasmin dont le parfum ravissait déjà ses papilles.

Françoise G

Elle ne l’avait pas vu depuis trois jours , trois jours ? Non cela faisait beaucoup plus, une semaine, peut-être deux ou même plus, elle ne sait plus, le temps est monotone ici, les jours passent et se ressemblent tous. Elle ferme les yeux et s’enfonce profondément dans son fauteuil. En ce début d’après midi la chaleur est oppressante, la résidence est silencieuse, c’est l’heure de la sieste, la tranquillité des résidents est garantie par contrat et même les oiseaux semblent respecter cet accord. Juste au dessus d’elle les pales du ventilateur ronronnent sans vraiment rafraîchir l’air qui embaume du parfum sucré du chèvrefeuille serpentant sous sa fenêtre.
Elle se souvient ainsi de ballades en forêt, du craquement des feuilles mortes sous les pas, des jeux d’ombre et de lumière au travers des feuillages, de l’odeur de pins, des mousses tendres qui invitaient au repos. Elle se souvient du bruissement d’un ruisseau en contrebas d’un sentier qui les avait menés à un joli pont en pierres, ils s’étaient penchés pour suivre du regard le sillage d’un couple de cygnes aux belles plumes blanches et de leurs petits au duvet soyeux, ils s’étaient aventurés jusqu’à la bâtisse qui jouxtait, un fumet agréable les avait cueilli, ils avaient faim, ils étaient entrés.
Qu’avaient-ils donc mangé ce soir là ? Elle ne s’en souvient plus, c’était sans doute bon et délicat, elle revoit juste son regard, intense, quand il avait posé la clé d’une chambre sur la table, le dîner était-il terminé ? Quelle importance ? Elle sait précisément qu’elle s’était levée, lui avait pris la main et qu’ils avaient monté un vieil escalier en bois ciré, recouvert d’un tapis rêche qui les avait mené à une chambre charmante, une bonbonnière à la moquette moelleuse avec un lit immense si intensément douillet.
Elle se souvient que la lumière du soir folâtrait sur les tissus mordorés tandis que ses doigts, à lui, frémissants, glissaient imperceptiblement de son visage à son cou, à ses seins lisses et fermes, ses mains épousaient les arrondis, elle chercha ses lèvres chaudes, ce fut un baiser tendre, ardent, les draps en satin les charmèrent, ils s’y enfouirent avec volupté, ils n’en finirent pas de s’effleurer, de se caresser, de se cajoler, de s’aimer, ce fut un glissement à deux, avide, fusionnel.

Un bruit de tondeuse la fait sortir de sa torpeur, toujours lovée dans son fauteuil elle frissonne, le ventilateur fait donc son office, elle a la chair de poule, elle caresse ses bras nus, sa peau est sèche, fripée et ridée, certes, mais un jour il lui avait murmuré « on n’apprend rien sur des peaux jeunes et lisses, le doigt glisse alors que les rides recèlent mille merveilles, ce sont des îles au trésor ! ». Elle sourit, elle pense qu’aujourd’hui encore elle va l’attendre.
On frappe à la porte, ce n’est que l’aide soignante qui annonce tout sourire que Basile venait de servir le thé.

Roselyne

Elle ne l’avait pas vu depuis trois jours. Aucune esclandre entre eux.
Pas cette fois-là. De sa terrasse, elle voyait la plage désertée, et la danse des nuages : paréidolies d’embrassades endiablées, ventilées par la brise du soir.
Quelques badauds sur la promenade sous les palmiers lui rappelait le monde des vivants.
Le soleil déclinait. Un autre soir sans lui ? Elle perdait rapidement le gout de vivre, dès qu’il s’éclipsait.
La route en écharpe sur la cote s’échappait vers le haut du village. Ses yeux suivant le ballet des voitures,
elle regardait sans voir. Espérait-elle apercevoir un signe lui ?
Ce théâtre était sa ville. Lui, habitait à l’autre bout. Ils s’appartenaient l’un l’autre sans vivre ensemble.
Elle l’avait dans la peau. Son odeur salée y était incrustée.
Elle fermait les yeux. Elle se disait que si elle devait écrire sur un des sens qui le rattachait à elle,
serait ce toucher, cet effleurement, et l’odeur salée de sa peau ambrée. Peau à peau.
Ce goût d’huître, en toute indécence l’avait toujours bouleversée. C’était passionnel, instinctif, charnel.
Sur le sofa, les pages du livre, s’ébrouaient. Léger souffle, preuve et trace d’un léger assoupissement.
Un tintement de porcelaine la tira de sa rêverie, elle en avait oublié la présence de son petit-fils,
Basile venait de servir le thé.

Stéphane

ELLE

Elle ne l’avait pas vu depuis 3 jours, l’horizon était opaque, oppressant derrière les nuages gris.
Elle regardait droit devant elle, il était pourtant là depuis des millénaires.
Malgré le ciel menaçant qui commençait à perler, elle s’installa… Ses yeux percutants scrutaient la moindre éclaircie qui donnerait à voir plus loin. Ce ciel déposait sur l’herbe verte son mécontentement. Dans les arbres, le vert foncé des feuilles s’agrippait aux branches. Elle se déplaça de quelques pas pour observer à nouveau l’atmosphère. Couleur grise dominante comme cette barrière circulaire. L’homme a planté dans la terre ce ciment dans ce paysage sublime, Il a posé ses limites comme un mouvement circulaire sans fin. Couleur vert foncé qui résiste, accrochée au sol, étirée vers le ciel.

Elle, elle sent la pluie s’égarer, quelques gouttelettes seulement, sur la peau, puis une chaleur légère se pose sur l’épiderme. Le soleil a de la peine à pousser les nuages. Elle, elle attend devant l’horizon, voit plus loin encore. Le gris a cédé, il a laissé la place, une ouverture et le soleil est entré dans les nuages, il a percé les brumes et mis du bleu dans l’atmosphère. L’éclaircissement est d’abord frêle, peureux puis splendide.

Elle ne l’avait pas vu depuis trois jours, il est pourtant là depuis des millénaires. Depuis qu’elle est enfant, elle a toujours vécu à côté de lui comme un ami, un réconfort. La lumière décline les couleurs, si belles, le bleu, le gris, le vert, le blanc, le jaune roux, c’est une explosion. Il est là le Mont Saint Michel, sa majesté se plante dans le vert des herbus et s’éternise dans le bleu pâle du ciel.

Elle range son chevalet, ses pastels, sa toile...elle marche de l’autre côté de la baie, pieds nus, la tangue dégage une odeur âcre, c’est merveilleux.

Lorsqu’elle déposa sa toile sur le fauteuil, Basile venait de servir le thé.
Laurence

Sans s’inquiéter vraiment, Anna sentait flotter en elle comme une appréhension, elle ne l’avait pas vu depuis trois jours et il était bien jeune encore pour une si durable escapade. Les deux autres l’avaient entraîné peut-être, mais ils étaient rentrés plusieurs fois depuis, et repartis de même. Ils menaient leurs vies, elle ne s’en formalisait pas, les accueillant quand bon leur semblait dans les senteurs de sa roseraie. Ils y mêlaient fugitivement les effluves de leurs chasses, herbes sauvages et sable marin imprégnant leur fourrure et trahissant leur course dans les prés salés. Et puis ils repartaient jusqu’au matin, repus et rassasiés et de caresses. Mais lui, le petit Fistoul, que ses six mois tout juste retenaient encore presque toute la journée dans les jambes de sa maîtresse, où donc était-il passé ?
Anna descendit la petite allée le long de la haie aux lilas entêtants. Elle était chez elle dans ce jardin plus que dans la maison. Elle en savait les saisons et les heures, respirait de chacune les nuances intimes sans jamais se lasser. Alors qu’elle arrivait à la barrière qui donnait directement sut le chemin côtier, elle entendit s’ouvrir une fenêtre et la tête hirsute de son mari s’encadra sans le chien-assis du bureau. Basile, l’homme du dedans. Une pause dans une demi-heure ? Oui, elle serait revenue, elle allait juste marcher un peu, profiter de la baie.
Le temps prenait une tournure étrange en cette fin d’après-midi et une lumière très jaune, comme artificielle, baignait tout le paysage. Anna prit le sentier, dépassa les maisons et marcha jusqu’à l’hippodrome. Pas un souffle dans l’air saturé de sel et de mer. Anna humait cette odeur unique, la laissait doucement l’envelopper, tout entière abandonnée à un léger vertige. Quelques minutes immobiles et elle pouvait rebrousser chemin.
Presque arrivée chez elle, elle s’entendit appeler. Laurent, le voisin, descendait à sa rencontre, les bras repliés contre sa poitrine. « Regarde qui était enfermé dans ma cabane ! » Le petit Fistoul miaula d’un air contrit et Anna finit de se sentir bien. Dès l’entrée un parfum de bergamote lui susurra que Basile venait de servir le thé.

Antoinette

.

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0