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Ecriture migratrice .....

lundi 6 février 2017, par webmestre

Il y a quelque temps, le froid glacial et mordant, a achevé de me persuader,
m’a poussée à aller, enfin, vers eux … 

Dans mes bras, peu de choses, juste quelques couvertures bien molletonnées, 100% woolmark.

L’envie de leur procurer de la chaleur, de les entourer, comme je peux, un peu …
de réchauffer mon cœur égoïste,
de me donner bonne conscience face à leur tragédie quotidienne.

Pas si facile de garer sa voiture sur le parking de l’hôtel au nom prédestiné :« Beauséjour »
Embêtant d’aller là, sans invitation, sans connaissance des lieux, de se frotter à la misère de l’immigration.

On n’y est pour rien mais, ça met mal à l’aise …

Pourtant, vite évaporée cette crainte d’être l’intrus, le chien dans un jeu de quilles. Leurs sourires font le reste …
La bise hivernale, rigoureuse, les a calfeutrés dans la salle d’accueil de l’hôtel surchauffé.
Pas de brouhaha, des conversations en petits groupes épars, des solitudes accrochées au téléphone portable, un Monsieur qui regroupe ses élèves pour le cours de français …
2 hôtesses, à l’accueil, lisent, rédigent, vérifient les papiers administratifs.
Les yeux noirs, les regards échangés, si profonds, les sourires éclatants …

J’ai offert mes couvertures …

Dans ma tête, pas mal de choses, des sentiments confus, un mélange de bonheur et de gêne

Hier soir, 2 février 2017.
Superbe petit théâtre Victor Hugo, à Fougères, bel écrin de tolérance : les sourires sont là, leurs yeux noirs, leurs mots ensoleillés …
Le rideau de velours rouge s’ouvre sur « les suppliantes ». Elles captivent leur public, conquis, d’emblée, par l’étonnante prestation.
La pièce d’Eschyle a été adaptée par Olivier Py. Contexte moderne, conflits d’actualité, haine ordinaire, ambiance singulière. La pièce a traversé les millénaires. ….
Les dialogues, vieux de plus de 2000 ans, demeurent contemporains.
Jean-Luc Bansart assure la mise en scène …
On y reconnaît la sempiternelle violence faite aux femmes. On y retrouve la crainte exacerbée de l’étranger, cette peur de l’autre, cette frousse de la différence.
Evocation intemporelle de situations intactes, de persécutions immuables qui ont su résister au temps, aux progrès, à l’évolution, aux générations d’hommes qui se sont succédées …

Quelle remarquable représentation théâtrale cosmopolite nous a été procurée quand le mot étranger n’est plus si étrange, quand l’autre s’exprime en langue universelle. Sonorités amies. Sans barrières !!

Rideau de velours rouge baissé, ils ont salué, heureux, acclamés sous les ovations d’un public complice …Le parapet, habilement, franchi, les mains se sont rejointes.
La joyeuse ronde s’est poursuivie, longtemps….
Sur la scène, ils ont dansé, hilares, le ballet fraternel, sous nos applaudissements …

Dans mon cœur, plein de choses, une impression de légèreté, de joie intense …

Nadine.

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