Le billet du moment.

    À Josiane

    Samedi après-midi, Josiane, tu devais animer l’atelier d’écriture de La Page Blanche, comme tu disais…
    Tu nous as quittés brutalement trois jours avant.
    Depuis douze ans, tu en as écrit, des textes ! Et nous avons beaucoup ri à la lecture de tes histoires. Tu en riais toi-même, savourant à l’avance la chute malicieuse qui ne manquait jamais de nous surprendre.
    Merci pour tous ces bons moments.

    Le bureau

    -§-

    Samedi 25 mars, il y a tout juste un mois, Roselyne vient d’animer l’atelier « mégapoles » … Retour ligne automatique
    Comme à ton habitude, tu nous as réjouis d’un texte tordant … L’histoire farfelue d’une bonne-sœur déjantée, au sein d’un carrefour urbain, empêtrée dans une situation improbable … Un récit que toi seule as l’art de confectionner, une histoire qui n’appartient qu’à toi et que j’attends, impatiemment, à chaque lecture de tes textes. Ils apportent ce petit piment cocasse, ce petit zeste coquin, cette détente légère, cette récréation nécessaire sans cesse renouvelée … Retour ligne automatique
    Avant chacune de tes lectures, il y a ce sourire entendu, cette expression lumineuse, cette étincelle dans tes yeux qui annoncent la couleur de ta fantaisie, le fruit délectable de ton imagination, qui régale, à l’avance. Retour ligne automatique
    En fin de lecture, ce même petit sourire, visage épanoui, empli du ravissement à être parvenue à faire se « bidonner » l’assemblée assidue, ton public amical …Retour ligne automatique
    Saveur de l’instant présent.

    Ce samedi 25 mars, c’était le dernier atelier, avec toi. Nous l’ignorions. Tu ne le savais pas, non plus ….

    A la fin de celui-ci, après la proposition des prochaines animations d’atelier, tu t’es approchée de Laurence et de moi. Tu as évoqué ce plaisir à rechercher des sujets, ce temps si agréable, accordé à imaginer les consignes, cette pause précieuse qu’il faut s’obstiner à trouver, rien que pour soi, ce luxe à privilégier … si loin des contraintes imposées par l’existence, le travail, les tâches rébarbatives du quotidien … Retour ligne automatique
    Ce jour-là, je me rappelle ta ferveur et, comment, à force d’arguments judicieux, portés par ton sourire persuasif et ta joie affichée, tu as suggéré mon envie de me lancer dans l’aventure …

    Tu as annoncé l’animation du prochain, le 8 avril. Zut, je le raterai !!Retour ligne automatique
    Dommage, j’ai tant aimé ton dernier « extraordinaire », mélange de titres singuliers de bouquins avec la chanson « complainte du progrès » de Boris Vian. Ce 11 janvier 2017, j’ai tiré les choix insolites de « Le moine qui vendait sa Ferrari » et du « chauffe-savates ». Jacqueline a hérité du « canon à patates ». Nous avons ri. Tu as distribué des carambars

    Je peux te l’avouer, désormais … J’ai imaginé la consigne de l’atelier du 22 avril en ne songeant qu’à toi et au texte jubilatoire que tu saurais produire, inventer, créer de toutes pièces.Retour ligne automatique
    A partir du livre « Les heures souterraines » (D. de Vigan), j’ai voulu, d’emblée, unir les 2 existences fragilisées de Mathilde et de Thibault, provoquer leur rencontre. Quand, comment, où, pourquoi ??? J’ai vu ton sourire, en rédigeant cette consigne, certaine qu’elle engendrerait, chez toi, un récit hilarant, extravagant, trop drôle et si comique. Retour ligne automatique
    Quelle idylle déjantée, irréelle, singulière, invraisemblable composerais-tu ? De quels imbroglio amoureux, histoire farfelue, ou méli-mélo érotique allais-tu nous régaler ?

    Puis, ce soir d’avril, Laurence m’a appelée, le portable a sonné en fin de journée printanière et ensoleillée …

    Comme tu vas manquer à l’atelier « Page Blanche », Josiane. Retour ligne automatique
    Ta présence m’a habitée, dans la petite salle Jules Couanault, ce 22 avril 2017, dans ce giron de nos rencontres d’écritures, ce lieu serein d’encre amicale, ce cocon apaisant « hors du temps et des tracas en tous genres », ce lieu d’écoute privilégiée où tout s’oublie, où tout s’évapore, où je n’ai, toujours, su lire que ta gaieté, où je n’ai, jamais, rien perçu de l’insidieux déclin…Retour ligne automatique
    J’ai revu la place que tu occupais, ce 25 mars…. Ton stylo, ton cahier …Retour ligne automatique
    Nous avons écouté attentivement chaque texte où Mathilde et Thibault ébauchaient ou concrétisaient un nouveau départ. Retour ligne automatique
    Nous avons compris Nelly et son « Ode à la vie si précieuse ». Retour ligne automatique
    Nous avons ri du texte désopilant de Marc.Retour ligne automatique
    Nous t’avons évoquée, au présent, au passé. Joyeux souvenirs partagés, anecdotes amusantes …. Tout est si improbable.Retour ligne automatique
    Merci pour ces jolis moments offerts en ta compagnie, Josiane … Ton cahier reste ouvert …

    Nadine

    -§-

    A Josiane.

    Relecture de ton carnet de voyage à Tokyo.

    Au soir du 5 avril. Retour ligne automatique
    Le printemps pointe un ciel pâle. La nuit très vite. Sans bruit. Mémoire d’une écriture avec toi. Un voyage . Nous étions loin de notre vie. Comme toujours. Un état ordinaire, banal. De nos samedis après-midi.Retour ligne automatique
    Le corps allait tout seul vers l’abîme. Malade. Retour ligne automatique
    Je pense à toi dont je ne sais rien . N’ai rien su. Que ce voyage à deux. Hâtif. Confus. Dans les rues de Tokyo. Nous étions lointaines, en échappée belle.Retour ligne automatique
    Relire notre aventure pour retrouver tes mots. Mots justes. Mots graves qu’ une seule lecture n’épuisera pas. Que ton absence ramènera. Ecris sur du papier quadrillé, ils courront parmi les siècles pris dans les mouvements de ta mort en imminence. Retour ligne automatique
    Je lis et relis ce que tu es. Les mots se détachent de ton ciel bleu, descendent sur ta page pure, se glissent entre les images collées. Ils disent quelque chose que peut être je n’ai pas entendu. Que j’entends ce soir : Une adresse introuvable dans un infernal et bruyant dédale de rues . Te débattais-tu dans le carrefour effrayant d’ une mégalopole inconnue . Bruit de cette mort rôdeuse.Retour ligne automatique
    Elle avait déjà décidé de tout .Retour ligne automatique
    Tu écrivais à « folle allure » comme dit Christian Bobin avec cette étrange gaieté sans laquelle tu ne savais rien faire de vrai.Retour ligne automatique
    La vie de l’écriture. Va et vient des images pour revenir du passé, garder le sourire de tes yeux, de ta voix qui donnait des couleurs dans un monde qui avançait avec toi. Retour ligne automatique
    Toi qui t’en allais plus loin que toi.Retour ligne automatique

    Jacqueline M

    « S’en aller ! S’en aller, chante tout bas le livre des merveilles et de l’insoupçonné.Retour ligne automatique
    S’en aller ! S’en aller ! ( Sylvie Germain )

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    Josiane,

    Facétieuse, la seule séance dans l’année où tu dois animer l’atelier d’écriture du samedi après-midi, le 8 avril 2017, tu quittes le monde des vivants. Il n’y aura d’atelier animé par Josiane mais la cérémonie d’inhumation de Josiane à l’Eglise, précisément dans cet horaire là.

    La traductrice et romancière Diane Meurs, pressentie pour animer un atelier à Page blanche a justement poliment décliné ces jours-ci . Dans le même temps, Josiane meurt.

    Si l’on ne connaissait pas l’humour caractéristique de ta plume, on se demanderait si tu ne l’a pas fait exprès ? Combien de fois, certains t’ont dit de prendre l’écriture au sérieux, de produire un recueil de textes. Pour toi, cela devait rester ludique, un amusement. Cela ne pouvait être sérieux. Suite au texte sur les notices, je t’avais supplié d’en écrire d’autres, de produire un recueil. Il en était hors de question...

    Tes textes étaient légers, intelligents, pleins d’humour et modeste. Tu ne voulais surtout pas qu’ils puissent être pris au sérieux. Tu étais souvent une des premières à avoir terminé. Il y avait une écoute très particulière durant la lecture de tes textes. Ce serait plaisant, drôle, léger, intelligent.

    Dans l’association, tu étais de compagnie agréable, drôle, facile à vivre. Tes imitations de l’accent du Sud Ouest de Marie-Anne étaient décrispantes et bienveillantes. Trésorière, tu acceptais le travail ingrat de la comptabilité, des demandes financières, de suivre les désidératas des uns et aux autres.

    Au dernier weekend, je te revois servir des sangrias ou cocktails de boissons alcoolisés et joyeuses, comme si tu avais choisi spécifiquement d’apporter du ludique.

    Depuis un ans et même un peu plus, tu avais beaucoup maigri, changé de look, de couleurs de cheveux. Je me demandais, une aspiration à changer de vie ? retrouver la santé, retrouver la légèreté, l’adolescence à la soixantaine. Cela me semblait un peu trop. J’avais hésité à te demander si tu étais aller voir une redoutable nutritionniste t’imposant de retrouver le poids de tes dix huit ans ? Je te trouvais un peu changée psychologiquement et j’avais mis cela sur un désir de changement de vie. Mais, je n’ai pas vu, pas su le drame, l’amaigrissement sans régime, les proches qui s’inquiètent, le désir de ne pas savoir, et puis tu es partie en deux jours à peine.

    Si tu t’étais remise dans les mains de la Médecine plus tôt, si tu avais accepté la violence des traitements, des verdicts des analyses, des rémissions, des rechutes, de l’inégalité face à la maladie … peut-être serais tu encore là pour tes proches et pour nous, mais sans doute différente ? Nous ne le saurons jamais.

    Dans ce petit groupe, cette maladie-là a frappé durement depuis dix ans, plusieurs sont parties, d’autres se battent, témoignant à notre époque de la fragilité à ce mal là. Ecrire, c’est aussi déposer des parcelles de sa singularité sur une page blanche au delà de son existence terrestre.
    Dans le groupe, dépassant les souffrances existentielles différentes des uns et des autres, tu apportais de la vie, de la drôlerie, de la légèreté, de l’air dans l’association. Demain, ça risque de devenir plus triste.

    En partant, tu nous as rappelé combien la vie est fragile, que de petits signes anodins d’amaigrissement, de fatigues peuvent dissimuler des drames, et de nous rendre un peu plus anxieux, hypocondriaques et dans l’urgence d’apprendre à apprécier l’instant qui passe.

    Franck, le 10 avril 2017

    -§-

    La cigüe tremble sur ses hautes tigesRetour ligne automatique
    Ses ombelles captent la lumièreRetour ligne automatique
    A contre-jourRetour ligne automatique
    On dit cigüe mais ça n’en est pas

    La première fleur de giroflée s’ouvre sur le sable

    Nul autre bruit que celui qu’on imagineRetour ligne automatique
    Le frémissement léger des saulesRetour ligne automatique
    L’eau qui vient, puis se retireRetour ligne automatique
    Froide

    Le soleil est insolentRetour ligne automatique
    La mer et le ciel, d’un bleu outrageant

    On aimerait on ne sait quoiRetour ligne automatique
    Un signeRetour ligne automatique
    Un trou dans l’airRetour ligne automatique
    Ou une ombre soudaine

    Frédérique

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