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Jour 50 du grand Confinement

mercredi 6 mai 2020, par Frédérique

Prenons donc des nouvelles d’IVAN OROC sur le site Feuilles de Route de Thierry Beinstingel .

Ivan Oroc existe depuis maintenant 48 jours, Vous pouvez lire ce qu’il devient ici :

www.feuillesderoute.net/surivanoroc.htm

ou écouter ce qu’il devient ici :

http://www.lairnu.net/ce-qui-nous-e...

Et maintenant, imaginons le quarante-neuvième chapitre !

" Mais la vie est un combat, une guerre de tous les jours, seuls les plus
forts gagnent ! " cria Ivan Oroc au vent qui s’engouffrait entre les grands arbres du parc et les feuilles d’un énorme marronnier frissonna bruyamment au dessus de lui, Ivan reconnu l’arbre et dans son ombre les barreaux de fer toujours descellés, aucun COVID, de quelque niveau que ce soit, n’avait songé à faire barricader le passage qui permettait à tous les indésirables, vagabonds, romanichels, migrants de trouver refuge dans le parc. Ivan, poussé par une impérieuse nécessité, se glissa subrepticement par l’ouverture, les ligneux et les lianes se refermèrent silencieusement derrière lui. Il rampait en ahanant, pestant contre l’humidité du sol et contre les ronces qui s’accrochaient à ses vêtements, il entendit des battements d’ailes et sentit, dégoûté, des milliers de chauves-souris le frôler, il protégea sa tête de ses mains, priant pour que ces buveurs de sang disparaissent au plus vite, refusant de s’appesantir sur le dernier film d’horreur qu’il avait vu ou vampires et autres créatures ailées faisaient montre d’une écoeurante bestialité. Enfin il arriva à l’air libre, il se releva avec peine et tout crotté. L’après-midi touchait à sa fin, le ciel grisonnait déjà, le parc s’étendait à perte de vue, dérouté Ivan ne savait vers où se diriger lorsqu’un corbeau perché sur un arbre coassa longuement en le regardant de ses petits yeux ronds, un cri tel un avertissement, rauque, menaçant, Ivan en eut la chair de poule, le corbeau décolla, planant un moment au dessus de lui avant de disparaître. Saleté de bestiole pense-t-il
en essayant de reprendre contenance. Un léger froissement le fît se retourner, un renard au pelage d’un roux flamboyant lui faisait face, l’animal fièrement campé semblait le considérer avec dédain puis s’éloigna après un regard d’un mépris si intense qu’Ivan se sentit d’un coup tout petit mais il se redressa vite et maugréa : flatteur, menteur, tu te prends pour qui le renard ? Il prenait au hasard une allée, espérant trouver au plus vite une sortie quand une douleur brutale à la poitrine l’a fait chuter et perdre connaissance. Un sifflement tout près de son oreille lui chuchota alors : « Tu crois donc Ivan que la vie est un combat, une guerre de tous les jours,
et que seuls les plus forts gagnent ? Souviens-toi de qui tu étais avant le grand confinement, souviens-toi, Ivan, avant de te perdre ! » Ivan ouvrit les yeux et vit à quelques centimètres de son visage deux yeux immenses, d’un vert hypnotique mais Ivan se sentait serein et devinait une bienveillance dans ce regard. Le serpent, propriétaire des yeux, s’écarta et sourit (Ivan en tout cas l’aurait juré) et disparu.
Ivan Oroc se releva toute douleur évanouie, il trouva la sortie comme par magie et rentra au foyer militaire juste à temps pour le dîner.

Roselyne

Les cris d’Ivan Oroc ont effrayé les oiseaux perchés dans les arbres. Ils se sont tous envolés en même temps. Ivan décide d’entrer dans le parc pour se calmer, s’asseoir quelques instants sur un banc et réfléchir. Les oiseaux sont revenus les uns après les autres dans les branches au dessus de sa tête. Quand soudain son attention est attirée par des bruits dans un des arbres qui se trouve un peu plus loin. Un groupe de corbeaux croasse de mécontentement. Ils s’envolent et reviennent pour repartir. Ivan se dit qu’un chat doit être dans l’arbre car il aperçoit une masse sombre qui bouge dans la fourche de deux grosses branches. Il n’arrive pas à distinguer l’animal qui lui paraît bien gros pour un chat. Ivan se lève et s’approche de l’arbre. L’animal ne bouge plus, il s’est recroquevillé en boule. Ivan a du mal à le discerner dans le feuillage. En sautant, il se dit qu’il peut atteindre une des branches les plus bassee. Alors il se met à grimper dans l’arbre. Arrivé à la hauteur de la fourche, il tombe nez à nez avec un enfant.
– Que fais-tu là ?
– Bonjour monsieur, mon père m’a fait grimper dans l’arbre pour me cacher. Y a des méchants qui veulent nous mettre en prison même si on n’a rien fait de mal.
– Tu ne peux pas rester là.
– J’attends que mon père vienne me chercher. Il m’a dit de ne pas bouger de là.
– Mais il n’y a plus personne ici. Tu vas prendre froid cette nuit.
– J’ai l’habitude.
Ivan Oroc ne sait pas comment faire pour persuader l’enfant de descendre. Et quoi en faire après ? Il pense soudain à la jeune femme de l’assos, il pourrait lui confier l’enfant.
– Si tu acceptes de descendre je t’emmène chez la dame qui faisait l’école ici.
Cette proposition fait naître un sourire sur le visage de l’enfant qui commence à descendre de l’arbre beaucoup plus facilement que lui.
Avec toutes les précautions possibles, s’arrêtant à chaque coin de rue, frôlant les murs des immeubles, prenant des chemins détournés, Ivan et l’enfant arrivent devant l’habitation de la jaune femme.
– Au fait, comment t’appelles-tu ?
– Mira
Ivan Oroc n’en revient pas ! L’enfant qui lui tient la main est celle à qui il a appris le français à travers une porte !

Françoise

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