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Jour 30 du Grand Confinement

jeudi 16 avril 2020, par Frédérique

Aujourd’hui, c’est un extrait du texte d’Antoinette (Jour 28), qui fait proposition d’écriture :

Vous êtes debout dans votre salon et vous tournez lentement sur vous-même, un tour complet, en vous projetant mentalement à un kilomètre. Vous voyez le beau disque que ça vous fait ? 1km de rayon, 6,28 km de tour, une surface de 3,14 km².
Essayez de bien visualiser tout ce que cet espace renferme. Hé, hé… c’est qu’on en découvre des choses !

Antoinette ici évoque le «  rayon de 1km  » dans lequel nous pouvons nous promener durant une heure par jour. (cf attestation de sortie).

Tracez ce cercle sur une carte, le centre en est votre lieu d’habitation...

Un outil pour tracer des cercles,
Y’en a qu’ont pas.
C’est comme ça.
Pas la peine de tourner en boucle
des heures à le chercher
ces choses-là vois-tu s’éloignent
avec le besoin qu’on en a,
sortent de notre sphère.
Y’a ceux qui font des ronds
et ceux qui n’en font pas.

Pourtant il te faut ce cercle. Et en bon confiné tu deviens inventif. Google t’a donné le centre, tu n’as plus qu’à tourner. Un double-décimètre très plat. Ça tu as. Tu sais qu’en prenant la voie verte – ton vélo te le disait dans la vie d’autrefois – il y a juste un kilomètre jusqu’à la rocade.
Depuis le centre, oui, à partir de chez toi. Alors, tu mesures et tu reportes tranquillement cette mesure, en pointillés, autant de fois que tu l’estimes nécessaire à l’obtention d’un trait précis. Et petit à petit, rayon après rayon, le bord de la règle te fait parcourir tout le disque de ton territoire. Pas le cercle, non, le disque. Tu ne sautes pas d’un coup à la ligne frontière, trop encline à te signifier l’interdit. Non, tu étends la matière en partant du centre, comme le tour du potier, tu te fabriques une surface, tu étires sous toi la terre libre avec tout ce qu’elle a à t’offrir. Secret méconnu des conquérants ivres d’abord d’immensité, et caché aux creuseurs antiques de sillons fondateurs. Mieux que Romulus qui ne voyait de la Rome future que ses limites, dans la trace au sol laissée par sa charrue, tu adhères à chaque mètre carré et tu vois tout.
Tu pousses ta règle de plastique comme une longue aiguille d’horloge. Parti à six heures tu remontes le cadran en balayant l’espace, les prairies avec le Couesnon qui serpente, la remontée vers le centre culturel et son parc à neuf heures, la place de l’Europe avec Tonton fermé et Carrefour Market ouvert ; presque midi revoilà le Couesnon, et puis le boulevard de Groslay que ta règle suit presque et la Guénaudière où ça bouge un peu, où l’on fait ses course à Carrefour, à LDL, presque trois heures, calme plat chez Buffalo, tu vas prendre la route d’Ernée où ça circule un peu, et tu reviens par la zone, le parking presque désert de Safran le long duquel tu descends pour retrouver le Couesnon, au débouché de la voie verte.

Et ton cercle est tracé.

Antoinette

D’abord il a fallu me repérer sur la carte . Le village, enfin le centre bourg je le connais bien, les environs un peu moins. Je ne suis pas d’ici, cela ne fait que quinze ans que j’habite La Bazouge du Désert et je ne me suis pas intéressée aux noms qui foisonnent autour du bourg. Tout ces noms de lieux-dits m’étonnent toujours. On remarque en premier que la plupart se terminent par -IERE : la Bourdière, la Boizardière, la Batardière, la Gourdelière. Mais n’allons pas trop loin certains sont hors de portée, ils sont à plus d’un kilomètre. Il y a ceux qui se finissent par -AIS : la Gislais, La Besnaruais.
Et puis il y a les autres. Ils font davantage référence à l’histoire ou la géographie. Hautes Cours et Basses Cours, Le Pont Renaud.
Mais surtout ceux qui font rêver : le Moulin d’Ory , il est niché dans un creux et bordé de grands arbres. On peut imaginer le bruit que devait faire autrefois la roue quand elle tournait. On m’a dit qu’il y avait de nombreux moulins à papier dans la région.
Le Chêne, c’est l’entrée du village (ou la sortie comme on veut), mais où est le Chêne aujourd’hui ? Je n’en ai jamais vu à cet endroit. J’imagine qu’il était spectaculaire, (remarquable dit-on maintenant) pour qu’on donne son nom à ce carrefour, j’aurais aimé le connaître.
La Noé me fait penser à celui qui construisit l’arche et qui a oublié d’y installer les licornes, les dragons et les fées. Il n’avait peut-être pas assez de place et les dragons pouvaient mettre le feu au bateau.
La Ville Guérin : qui était ce Monsieur ? Je ne sais pas. Un riche paysan ? Ou un riche propriétaire ?
La Croix Hamelin. Est-ce le nom de celui qui l’a érigé, ou bien l’a-t-on fait en son honneur ? Hamelin est-il mort là ? j’espère qu’il n’a pas été crucifié.
La Croix du Gast . Que veut dire ce mot ? Je cherche … (On trouve tout sur Internet) Dévasté, ravagé, violé, ruiné, solitaire, perdue, vide, abandonné, inculte, aride, sec, chétif, misérable, vaste. Quand on habite dans « le Désert » pas étonnant !
Le Mée. Encore un mot que je ne connais pas . Je cherche … Outil pour mélanger la calamine et le charbon de terre. Mais qu’est-ce que la calamine et le charbon de terre et à quoi ça sert ? En métallurgie, la calamine est un mélange d’oxydes de fer qui se dépose en croûte sur les pièces en fer, en acier ou en fonte lorsqu’elles sont chauffées à une température supérieure à 575 °C. Je suppose qu’on appelle ce charbon « charbon de terre » pour le différencier du charbon de bois. Mais j’ai pas trouvé à quoi sert ce mélange. Il faudra que je me renseigne.
Dans ce cercle d’un kilomètre, j’ai compté sept croix, ça fait pas mal !
En regardant ainsi la carte, me sont venues un tas de questions, Que ce cache-t-il derrière tout ces noms ? Quelle en est l’origine, l’histoire ? Bertrand, prof d’histoire/géo est notre historien local. Il faudra que je lui demande des explications. Lui, il doit savoir.
Et bien voilà, j’ai appris plusieurs mots, j’ai regardé mon village d’une autre façon. Demain je pourrai dire :
– Je vais marcher jusqu’à la Croix du Gast en passant par le Chêne et pour rentrer je prendrai le petit chemin qui mène à la Besnaruais ensuite je me dirigerai vers le centre bourg.
Ainsi j’aurai l’impression d’être un peu plus « d’ici ».
Françoise

Elle a fait les calculs Fred, c’est bien , ça me rappelle le programme de maths des CM2 , ça ne tombe jamais juste. C’est à cause des virgules du pi.
Cela fait que la planète s’est rétrécie. Un beau soir du mois de mars. Beaucoup.
Mais tout de même, il en reste , du long en large, du gauche à droite, du sud au nord, de l’est à l’ouest et du haut en bas. Tournons.
Tourner en rond pour ne pas tourner en bourrique le cerveau en ébullition.
Ne pas faire que d ‘aller et de venir en butant sur la ligne rouge. Là, vous avez dépasser la ligne rouge, montrez-moi vos papiers, carte d’identité, laisser-passer, attestation, qu’est-ce que vous avez coché ? Vous êtes une personne à risque ! Attention !
Pfff !!!
J’ ai fait comme Nils Holgersonn, parce que je me suis sentie rétrécir, je suis montée sur le dos d’une oie sauvage qui passait par là et j’ai découvert en face à droite, le village de Lécousse qui autre fois s’appelait du nom de sa paroisse, St Martin des champs, je suis descendue pour saluer Josiane dans son cimetière et je me suis souvenue que nous avions fait une ronde autour de sa tombe.
Ne vous êtes-vous jamais promenés dans les jardins potagers de la Communauté de Rillé ? On nous laisse rentrer. Faites-le vous en sortirez apaisés. Je ne sais pas pourquoi. C’est comme ça c’est tout.
De là, j’ai volé au dessus du château, de toutes ses tours, je vais vous dire leurs noms, je les connais par coeur. Non ? Bon. Tant pis pour vous. Mélusine, alors ? Une autre fois ? On prend l’escalier de la Duchesse Anne. Vous savez pour quelle raison les marches sont larges comme ça. Parce que Anne boitait. Mais non, ça c’est la légende. C’est un escalier construit pour descendre et monter à cheval !!!. Lorsque j’étais petite la flèche du clocher de l’église St Sulpice était toute penchée. On racontait que la queue du diable s’y était accrochée alors qu’il s’enfuyait. Je croyais ça moi !
Je reviens à Mélusine. Approchez-vous de la porte St Georges, du côté du presbytère. Vous la voyez, Mélusine sculptée dans la roche. C’est samedi, elle se regarde dans son miroir.
Ah ! La ruelle des Anglais ! On y retourne. Elle a à voir avec la guerre de cent ans forcément et Duguesclin et puis aussi avec Mme Desrues piqueuse en chaussures à domicile et, encore quand j’étais petite, elle me laissait encoller , le bords des claques. On était un peu shootées à la colle toutes les deux. C’est le numéro 6 sa maison. Qu’est ce que c’était bien !
Nançon, ville close, Porte Roger, Porte St Léonard, Porte Notre Dame, tanneries, draperies, ville haute, ville ancienne, ville moderne, forum et médiathèque et cinéma et beffroi et impacts de balles de la bataille de Fougères pendant la chouannerie dans le mur de l’église St Léonard. Aimé Picquet du Bois Guy, 17ans,, vous connaissez ?
Allez, j’arrête sinon je vais être hors-temps et ça va être la garde à vue. Je descends de mon oie sauvage sur le parking du forum. Y a personne. Elle est fatiguée et puis j’ai l’air de vous faire un cours d’histoire.
Quand j’étais petite, là, il y avait une très jolie gare avec des trains, des voyageurs et des michelines. Elles emportaient, le dimanche, les chaussonniers voir la mer. On a pris le « train de plaisir » qu’ils disaient, le lendemain à la porte de la fabrique.

JM

" ça y est.
à période surréaliste, moyen extra ordinaire
le cable est tendu
je suis prête
il m’a fallu 30 jours j’étais confinée, j’étais débordée 7 jours de répérage géographiques 7 jours de recherche de fournisseurs de bien de "pas 1ère nécessité" 23 jours de travail non confinés à jouer les réparateurs edf faut tenir la ligne 30 jours d’abdos ventre oblique fessiers cuisses en béton bras tonique équilibre yoga concentration... sommer body... vamos a la playa... je m’égare...
Donc ça y est : 6,8 km de câble tendu, 6800 m d’aventures, de découverte, de vol au dessus d’un nid de confinés, de prolos très visibles pas toujours masqués.
C’est parti, j’ai mon attestation cochée au n°5, allez 6KM28 en 1 heure, va pas falloir chômer, vas-y : "t’es la meilleure" !
Je me dresse sur mon câble de la-haut sur la colline la grande maison blanche je salue timidement les petits vieux heureux de sortir de leur confinement cruellement habituel, à petits pas serrés je marche au-dessus du ruisseau de Groslay et longe la forêt où je tutoie les verts et les oiseaux qui s’étonnent à peine, je frôle les tours des côterets où les plus chanceux balconnent...le mollet se durcit ...de Montaubert je monte vers Rillé oh oh oh j’aperçois le château - pas de maréchaussée à surveiller la ligne de démarcation - puis toujours les bras à l’horizontal je survole le délicieux jardin des vaux .... oh oh oh c’est dur je vacille et me redresse à Lariboisière
- bonjour Général Baston - et oh là je descends ... hiiii tiens bon ... tête haute ... regard droit sur l’horizon ... tiens l’équilibre .. médiathèque : fermée cinéma : fermé forum : fermé - ville morte - la gendarmerie travaille les Orières - des amoureux s’embrassent quelle audace flamboyante - le camping vide pour un moment et mon emmaus ...
Je connais tous ces endroits bien-sûr mais là je les vois autrement à la fois de loin et curieusement plus intimement comme un effet loupe, tout comme ce confinement subi, isolé, troublant, introspectif, actif et paresseux, fourni en texto, vidéos, téléphone, inventeur de skype apéro, créatif, rêveur ...
Je suis sur un fil ...
Trenet chante : "poum poum le bonheur ne passe qu’une fois, prenez le quand il vous appelle, prenez-le, prenez le poum poum"....
L’air est doux."
Geneviève F.

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