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Jour 28 du Grand Confinement

mardi 14 avril 2020, par Frédérique

Le 23 mars dernier, Maxime Matthys est sorti pendant moins d’une heure, et à moins d’un kilomètre de chez lui, dans le centre-ville rennais. Pour réaliser sa performance "Sortez couverts" , le jeune artiste belge s’est confectionné un costume, recouvert de plus de 150 attestations, dûment remplies pour sa sortie.

Aujourd’hui, nous écrivons notre ATTESTATION DE SORTIE en nous inspirant de Tokyo Infra-ordinaire de Jacques Roubaud.

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Antoinette

DEPLACEMENTS BREFS

Début mars, 4 h de balade, à pieds dans la campagne. Il fait un peu frais, la température s’accorde un retard. Pourtant les arbres bourgeonnent, ils colorent le paysage après l’hiver. Je rentre chez moi de mon plein gré. Aujourd’hui, j’ai une drôle de sensation, comme une liberté autorisée qui n’est plus d’actualité.

DANS LA LIMITE D’UNE HEURE QUOTIDIENNE ET DANS UN RAYON D’UN KM AUTOUR DU DOMICILE

Laissez-passer en poche et carte d’identité en poche, je cours en petites foulées 7 minutes mon km autorisé puis je répète le mouvement. Je me fais contrôler au 5ème passage, j’ai une drôle d’idée qui m’arrive lorsqu’un gendarme me demande mes papiers. Comme si j’étais en faute et que je devais cacher mon étoile jaune dans ma poche. Le ciel est gris et mon humeur aussi. Je rentre, sombre.

LIES SOIT A L’ACTIVITE PHYSIQUE INDIVIDUELLE DES PERSONNES A L’EXCLUSION DE TOUTE PRATIQUE SPORTIVE COLLECTIVE ET DE TOUTE PROXIMITE AVEC D’AUTRES PERSONNES

En bas de ma rue, hier soir, chez mes voisins, autour de la terrasse, environ 10 personnes font un jeu de palets, des bières à la main… J’ai une drôle de sensation, tout de même je ne suis pas une délatrice, je ne vais pas les dénoncer. Même si on est en temps de guerre.

SOIT A LA PROMENADE AVEC LES SEULES PERSONNES REGROUPEES DANS UN MEME DOMICILE

Avec toi aujourd’hui, avec le vent qui fait bouger les arbres, avec le soleil qui réchauffe à peine les corps, avec la mer qui gronde et ravage le sable, j’aurais pu aller en balade à plus d’un km et pendant plus d’une heure.

SOIT AUX BESOINS DES ANIMAUX DE COMPAGNIE

Je me souviens du temps où l’on pouvait sortir à volonté même sans chien. Je dois vous faire un aveu, j’ai volé le chien de mon voisin. J’ai craqué, il fallait que je sorte encore une fois, j’avais épuisé tous mes temps autorisés. Dans ma tête revenait sans cesse le mort « sortir ». D’ordinaire je ne vole pas mais nous sommes en temps de guerre. Et maintenant mon voisin a porté plainte, lui, le joueur de palets. Du coup, je pense collaborer avec l’ennemi. C’est vraiment la guerre.

Laurence

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