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Jour 16 du Grand Confinement

jeudi 2 avril 2020, par Frédérique

Aujourd’hui, ALLONS A LA FENETRE

Avec Raymond Bozier Fenêtres sur le monde. (Editions Fayard 2004. Publie.net 2012)
Le texte de Raymond Bozier recense 37 fenêtres Chacune de ces trente-sept fenêtres est liée de façon extrêmement précise à une expérience ou un moment de vie, voire une heure ou une saison ou une circonstance particulière de rendez-vous.

Un extrait :
Baie vitrée d’une cafétéria
… zones commerciales,, voies lactées, ô sœurs lumineuses, aplaties derrière vos talus bordés de poteaux en ciment supportant des grillages où s’entortillent des touffes d’herbe jaune et contre lesquels le vent plaque poches en plastiques, pages de journaux, prospectus abandonnés. Zones traversées par des lignes à haute tension, reléguées aux abords des villes, là où les rocades s’abandonnent aux ponts routiers ralliant les quatre voies qui filent, entre les stations-service, les hôtels et les restaurants, retrouver au loin les mêmes désastreux décors […]

Nous sommes confiné-e-s, oui, mais nous avons bien chez nous deux, trois, quatre ou cinq fenêtres, voire une baie vitrée. Peut-être aussi un vasistas par lequel on n’aperçoit « que » le ciel… Toutes ces fenêtres cadrent un état du monde. Et même si les lieux qui apparaissent à travers la vitre nous semblent d’une grande banalité, des images viennent du dehors, et nous impressionnent.

De la baie vitrée, de la cuisine vers le jardin.
La bise est tombée il fait doux ce matin, le jaune des giroflées me sourit en premier le parfum de leur rusticité me surprend encore, le bambou nigra commence à bien porter son nom ont-ils besoin de cette forte nouvelle lumière pour se teinter, le couple de rouge-gorges est là fidèle leur simple ballet ne me lasse pas ça me plaît qu’ils profitent des miettes éparpillées, ces êtres connaissent mon coeur, les oiseaux pourtant toujours sur le qui-vive chahutent du jaune forsythia au rouge renaissance du photinia cette puissance n’effraie pas les élégantes Stellata blanches puis sur les tiges fragiles de la Clématite les gros bourgeons mauves ne tarderont pas à s’offrir pour disparaître dans le buis ressuscité et le lierre têtu, les moineaux se régalent du tendre vert du noisetier, le pigeon et sa pigeonne tentent une indiscrète incursion dans le sombre et dense camélia, pas de vis-à-vis dans ce jardin sur les côtés quelques toits quelques immeubles éloignés rappellent la ville.
au loin derrière la rocade sur la hauteur avant les collines l’épad isolé.
La vieille antenne balance encore à l’envol de l’oiseau il plane plane plane.

De la porte-fenêtre, du balcon de la chambre
Les oiseaux, encore les oiseaux, toujours les oiseaux ils pirouettent sur le balcon, les toits tout proches les murets l’antenne d’un autre siècle très haute formidable perchoir l’imposant cerisier en fleurs les jardins se succèdent en douce pente la végétation encore indiscrète laisse deviner la vie des voisins pas connus le paysage au loin a changé les terrains désarbrés ont chassé les fascinants choucas, la piscine et l’épad sont là désormais
Que se passe-t-il à l’épad désespoir en huit-clos ?
la tourterelle camaïeu pâle dans le ciel gris bleu se balance joliment dans la blancheur des pétales.

De la fenêtre de toit
Ciel voilé branches blanches du cerisier pie tutoie la cime arbres qui moussent jaune-vert brun-vert vert tendre, sombre vert des résineux, Laignelet Fleurigny des gens derrière les collines
Was ist das ? l’EPAD blanc très visible les aides-soignantes ont-elles des maques l’Aquatis ne toboggone plus son toit gris-vert ressemble à une piste d’atterrissage et si on décamèrait les petits vieux ils humeraient le printemps sentiraient le vent sur leur peau frêle est-ce qu’on leur ouvre les fenêtres en grand Was ist das ?
les oiseaux les oiseaux piaillent les oiseaux planent les oiseaux virevoltent les oiseaux narguent moi derrière le carreau.
Geneviève F

Petite fenêtre carrée de la salle d’eau donnant sur le jardin.

Une des particularités de cette maison.

On peut voir les fleurs, le bassin, même les deux poules Galinette et Cocotte quand on leur laisse la liberté de se dégourdir les pattes. Ainsi le jardin entre par cette petite fenêtre d’une trentaine de centimètres de côté. Cette pièce s’agrandit tout à coup quand le regard se porte à travers les gouttelettes d’eau sur la paroi de la cabine de douche vers cette ouverture et la douche devient une aventure visuelle.

Velux du bureau sous les toits.

Il y en a deux, un au nord et un au sud.

Le premier donne sur le jardin. La nuit par temps clair en hiver, juste en face, se déploie la Grande Ourse et l’été la Voie Lactée sur la droite, Le jour ce sont les champs, les près au loin avec les vaches minuscules, les tracteurs gros comme des jouets d’enfants.

Le second est pratique, juste en face du clocher qui donne l’heure pour toute la journée. Le soir en période de Noël l’église reste allumée et ses vitraux aux belles couleurs racontent l’histoire de l’apparition de Marie à Pontmain.

La porte vitrée de la cuisine.

Elle ouvre sur la cour et le centre bourg. Carrefour des rues principales où tous les véhicules sont obligés de passer en tournant autour de l’église. L’endroit le plus animé du village : on va à la mairie, chez la coiffeuse, à la poste ; on passe par là pour sortir du village, ou le traverser. Le vrombissement des moteurs des gros camions-citerne de la laiterie du village d’à côté est amplifié par l’église qui se prend alors pour une caisse de résonance.

Les jours de messe, de mariage, baptême, enterrement les voitures abondent, l’animation bat son plein. C’est aussi le cas pour les courses cyclistes, le peloton passe à toute vitesse, chaque participant penché et concentré pour prendre le tournant et les badauds appuyés contre le rebord du muret de la cour sont ravis.

Mais en ce moment le village porte bien son nom : La Bazouge du DESERT ! Rien à voir, les rues sont vides pas même un chat.

La porte fenêtre de la salle à manger.

Elle donne aussi sur la cour, bien pratique l’été pour aller prendre l’apéritif dans le salon de jardin. Juste en face la porte et les fenêtres du voisin José, il est devenu un ami à force de se voir et de se saluer.

• Bonjour voisin.
• Ça va voisine ?

On se surveille mutuellement nos maisons quand elles sont désertées pendant les vacances. La mairie a même eu la « gentillesse » de tracer dernièrement un passage piéton entre les deux maisons !

On ne se voit pas beaucoup ces derniers temps, juste un petit signe amical avant de refermer la porte.
Françoise Gouache

On peut écouter les textes de Françoise ici :

MPEG4 Audio - 2.9 Mo

Une fenêtre basse, étroite , mais sur toute la longueur du lit en mezzanine.
Elle a été ajoutée récemment dans cette ville reconstruite dos à la mer.
Quand on est allongé on voit la ville qui descend vers la rade de Brest au fond.
On s’imagine bien dormir là au moins une nuit pour voir.

Une grande fenêtre opaque à l’est de la maison.
Le matin elle s’éclaire du ton rosé des levers de soleil.
On aimerait le voir le soleil qui se lève, mais elle ne s’ouvre pas et elle est aveugle à tous les soleils du petit matin.
C’est une grande fenêtre fermée aveugle et sourde qui ne veut rien savoir ni rien montrer.
Caroline

Par la baie du salon, le regard est arrêté par une haie de sapin. Sur la pelouse une pie bavarde avance tranquillement d’un pas de sénateur, la tête haute, fière de son plumage blanc et noir. Une seconde vient se poser à ses côtés, toutes deux se mettent à ramasser des petits morceaux de bois pour faire leur nid. On dit que voir un couple de pies est un signe de bonheur, il faut fermer les yeux et faire un voeu.

Par la fenêtre de la chambre, des maisons collées les unes aux autres. Dans les jardins (faut-il dire jardinets car ils ne sont pas bien grands ?), du linge fraîchement lavé sèche allègrement au grand air. Un homme en débardeur, ne sait-il pas qu’en avril il est déconseillé de se découvrir même d’un fil ? Inconscient, il pousse consciencieusement sa tondeuse qui pétarade.

Le vasistas de la salle de bain découvre un ciel bleu, juste du bleu qu’on peut qualifier de bleu ciel, pas un nuage, ni de traînée blanche qu’aurait laissée un avion, il faut dire qu’il il y en a peu en ce moment, on dirait un Soulages apaisé, une toile peinte un jour de grand calme pour libérer, consoler, pacifier.

La fenêtre de la chambre d’amis donne sur une rue bordée de maisons, la rue est un cul-de-sac, une impasse, si on l’emprunte en voiture, pas d’autres choix que de faire demi-tour, par contre si on est d’humeur vagabonde une allée serpentine emmène le flâneur dans une ballade colorée et parfumée, changeante au fil des saisons. Une chèvre des fossés aux cornes élégantes pâture aux abords et peut venir, la gourmande, lécher quelques doigts audacieux.
Roselyne

Porte-fenêtre de la cuisine orientée au sud
Au p’tit déjeuner du matin de l’autre côté du grand sapin de nos voisins
« c’est un trou de verdure où chante une rivière »
un lavoir pour laveuses et linge en lessiveuse
une forêt d’arbres verts, une ville moyenâgeuse
des toits tout en d’ardoises, le clocher d’une église
et un très haut Beffroi qui sonne l’heure tout à sa guise.
Et la ville toute entière du matin jusqu’au soir,
par la porte-fenêtre le plus souvent ouverte,
la ville qui se réveille qui travaille qui s’endort,
dans la cuisine, la ville vient jusqu’à moi.

Fenêtre de ma chambre. Plein nord. Donne sur la rue des Tilleuls sans tilleul.
Une boite pour les lettres, tout au bord du trottoir, piquée dans la pelouse, prend des airs de militaire en faction qui claque des talons . Garde-à-vous !
En face une maison avec sa haie de troènes au cordeau taillé. Pour se cacher , se séparer. Architecture moderne avec des baies vitrées et un large escalier et un jardin en pente magnifiquement paysagé.
Fut celle des Roussel qui étaient des amis. On traversait la rue, on bavardait chacun.
Ils avaient une fille avec une mobylette dont le bruit du moteur annonçait dans le quartier qu’il était 19 heures. Partis pour que d’autres viennent.
Parfois, j’aperçois assises en rond sur la terrasse quelques dames beaucoup plus jeunes que moi et des enfants qui jouent et des enfants qui crient, parmi des rosiers tiges et les petits lilas.

Fenêtre du salon . Petite . A deux battants. Sur le pignon est. Pas de rideaux. Eclaire mon bureau. Sur le rebord, une jardinière garnie de géraniums qui reprennent floraison parce que c’est la saison. Un vieux camélia aux fleurs rouges épanouies, planté-là . Un peu fatigué. Il s’est passé du temps . Une haie de palme et par dessus les palmes le cimetière de Fougères qu’on dit du Bon Pasteur. Vieux de 200 ans. Même de loin, les tombeaux très fleuris racontent leurs histoires.
Regardez plus loin, plus au fond, vous voyez, c’est l’Hôpital. L’entrée des Urgences.
Maison-hôpital- cimetière. Trois mots dont on ignore si ils resteront en ordre.
JM

1959

La fenêtre de bois vert mainte fois repeint est étroite.
Un croisillon la divise en quatre, en fait un damier,
coins multipliés où les araignées font leur vie silencieuse.
Tout du reste est silence dans l’après-midi d’été
dont les vitres maintiennent dehors les stridulations,
les bourdonnements et les frottements de sabots.
Tout est silence si ce n’est ce cliquètement régulier de métal
sous le pied de la grand-mère et le bruit plus sec de la machine
qu’elle fait aller sur l’épais tissu noir. Juste sous la fenêtre.
Pas d’autre source de lumière. La pièce est la maison.
Sur le sol de terre battue, un édredon de toile rouge,
l’enfant tout petit joue dans les carreaux de soleil
où passent parfois l’ombre d’une hirondelle, le sommet d’une tige
soulevée par la brise ou qu’un insecte allège en s’envolant.
Ainsi l’enfant aussi regarde à la fenêtre.

2019

La fenêtre aujourd’hui a cessé d’être laborieuse.
Elle s’encadre au même endroit dans les pierres
agrandie seulement de ses bords plus étroits
d’aluminium. Le même vert et une vitre unique.
D’autres ouvertures ont noyé sa réplique
sur la faïence neuve du sol. Elle aspire l’été,
grande ouverte sur la petite route goudronnée.
Point trop de nostalgie pour le chemin de terre
bordé d’herbes folles qu’elle sait retrouver
plus haut, les maisons juste passées.
Les maisons, deux, une pour chaque côté de la route,
et la fenêtre entre elles, complice. Les saluts, les mots qu’on échange,
la salade en plus, ramassée au jardin, qu’on pose sur le bord.
La quiétude au soir, retrouvée le matin.
Antoinette

Fenêtre. Ouverture sur le jardin. Vitre pleine.
Tout indique un début de printemps.
Les fleurs du cerisier secouées par le vent du nord,
en pluie fine blanche tapissent le vert de la pelouse.
Une époque inédite. Une saison entre parenthèses.

Fenêtres sur le monde  :
Ajour. Bow-window. Fermeture. Lucarne. Sabord. Baie. Carreaux. Guichet.
Lunette. Soupirail. Blanc. Hublot. Oeil de boeuf. Tabatière.
Boite. Croisée. Jour. Orifice. Vitre. Bouche. Embrasure. Judas. Ouverture.
France. Angleterre. Italie. Espagne. Pays-bas…. Outre atlantique, et plus loin.
Où s’ouvrent toutes ces fenêtres, au delà desquelles personne ne peut s’aventurer ?
Elles vendent du rêve. Et tous ces livres sur l’étagère ouvrent l’esprit,
qui divague, pêle-mêle même après une nuit complète.
Une fenêtre à barreaux n’empêche personne de voyager sur les mots.
C’est son imagination qui peut le transporter.
La littérature …
Un gros mot caméléon qui passe par toutes les fenêtres de la connaissance.

Le volet électrique filtre le jour du vasistas…
Une heure en plus , une heure en moins…
Il fait jour, c’est certain. Le bleu persiste et même glacial, on l’accepte.
Ici et ailleurs sur la côté d’émeraude.
Le voilier est au port. des nuages hauts, percent et filent le coton.
Des mouettes chahutent sur le toit de l’église.
La tempête les a éloignés de la côte.
Stéphane.

Tu ouvres la fenêtre
la fenêtre pleine
de printemps.

Santoka

Chez moi, la baie de la pièce de vie orientée à l’Ouest,

Au delà de la baie,
au delà de la terrasse arrondie,
au-delà de la pelouse où les pâquerettes s’invitent,
au-delà de la haie de buis, qui a mis longtemps à grandir
pour offrir un espace intime,
au-delà de la route,
il y a un champ où paissent quelquefois des vaches,
où tètent à leur pie des petits veaux,
au-delà de la baie, dans le champ, il y a eu des chameaux une fois,
il y a eu un ailleurs, une possibilité juste au-delà de la baie,
Au delà de la baie, au-delà du champ,
il y a une rangée d’arbres, tel un spectre, chaque soir, qui s’émerveille
du soleil orangé, rouge, pourpre, charmant, ensorceleur,
plongeant au-delà du talus,
alors c’est l’Afrique, un peu, au-delà du talus.
Laurence

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