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Josiane,

mardi 2 mai 2017, par webmestre

Josiane,

Facétieuse, la seule séance dans l’année où tu dois animer l’atelier d’écriture du samedi après-midi, le 8 avril 2017, tu quittes le monde des vivants. Il n’y aura d’atelier animé par Josiane mais la cérémonie d’inhumation de Josiane à l’Eglise, précisément dans cet horaire là.

La traductrice et romancière Diane Meurs, pressentie pour animer un atelier à Page blanche a justement poliment décliné ces jours-ci . Dans le même temps, Josiane meurt.

Si l’on ne connaissait pas l’humour caractéristique de ta plume, on se demanderait si tu ne l’a pas fait exprès ? Combien de fois, certains t’ont dit de prendre l’écriture au sérieux, de produire un recueil de textes. Pour toi, cela devait rester ludique, un amusement. Cela ne pouvait être sérieux. Suite au texte sur les notices, je t’avais supplié d’en écrire d’autres, de produire un recueil. Il en était hors de question...

Tes textes étaient légers, intelligents, pleins d’humour et modeste. Tu ne voulais surtout pas qu’ils puissent être pris au sérieux. Tu étais souvent une des premières à avoir terminé. Il y avait une écoute très particulière durant la lecture de tes textes. Ce serait plaisant, drôle, léger, intelligent.

Dans l’association, tu étais de compagnie agréable, drôle, facile à vivre. Tes imitations de l’accent du Sud Ouest de Marie-Anne étaient décrispantes et bienveillantes. Trésorière, tu acceptais le travail ingrat de la comptabilité, des demandes financières, de suivre les désidératas des uns et aux autres.

Au dernier weekend, je te revois servir des sangrias ou cocktails de boissons alcoolisés et joyeuses, comme si tu avais choisi spécifiquement d’apporter du ludique.

Depuis un ans et même un peu plus, tu avais beaucoup maigri, changé de look, de couleurs de cheveux. Je me demandais, une aspiration à changer de vie ? retrouver la santé, retrouver la légèreté, l’adolescence à la soixantaine. Cela me semblait un peu trop. J’avais hésité à te demander si tu étais aller voir une redoutable nutritionniste t’imposant de retrouver le poids de tes dix huit ans ? Je te trouvais un peu changée psychologiquement et j’avais mis cela sur un désir de changement de vie. Mais, je n’ai pas vu, pas su le drame, l’amaigrissement sans régime, les proches qui s’inquiètent, le désir de ne pas savoir, et puis tu es partie en deux jours à peine.

Si tu t’étais remise dans les mains de la Médecine plus tôt, si tu avais accepté la violence des traitements, des verdicts des analyses, des rémissions, des rechutes, de l’inégalité face à la maladie … peut-être serais tu encore là pour tes proches et pour nous, mais sans doute différente ? Nous ne le saurons jamais.

Dans ce petit groupe, cette maladie-là a frappé durement depuis dix ans, plusieurs sont parties, d’autres se battent, témoignant à notre époque de la fragilité à ce mal là. Ecrire, c’est aussi déposer des parcelles de sa singularité sur une page blanche au delà de son existence terrestre.
Dans le groupe, dépassant les souffrances existentielles différentes des uns et des autres, tu apportais de la vie, de la drôlerie, de la légèreté, de l’air dans l’association. Demain, ça risque de devenir plus triste.

En partant, tu nous as rappelé combien la vie est fragile, que de petits signes anodins d’amaigrissement, de fatigues peuvent dissimuler des drames, et de nous rendre un peu plus anxieux, hypocondriaques et dans l’urgence d’apprendre à apprécier l’instant qui passe.

Franck, le 10 avril 2017

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